Jean-Martin Dutour


Cette fois, c'est Jean-Martin Dutour , du Domaine du Roncée en appellation CHINON, qui nous fait le plaisir de répondre à quelques questions sur son métier de vigneron.

Comment vous situez-vous dans votre région/appellation ?


C'est une histoire un petit peu particulière pour la région. En 92 les propriétaires du Domaine du Roncée ont souhaité le vendre car aucun de leurs enfants ne voulait poursuivre l'aventure. Un industriel du Val de Loire a repris le flambeau. Je l'ai rencontré en 1993 et il m'a confié les clefs du Domaine avec une double mission : le vin le meilleur possible produit par une entreprise économiquement viable. J'exploite 34 hectares de CHINON : 99% de vin rouge et quelques bouteilles de Chenin.

Votre combat dans votre appellation, vos difficultés ?


Mon combat. Il est double mais les deux se rejoignent. D'abord la meilleure qualité ! Mais cela ne veut pas dire grand chose. En fait, j'aime les vins puissants, ronds et fin : la quadrature du cercle. Cela passe par la recherche de la maturité ce qui sous nos climats est rarement gagné. Le second "combat" est la défense de cette marque particulière et collective qu'est notre appellation "CHINON". Cela commence évidement par la recherche de la qualité sur mes vins mais aussi par un travail indispensable au sein du syndicat de défense de l'appellation pour aider, convaincre, organiser, gérer l'action collective des viticulteurs de l'appellation.

Le nombre de cuvées, est-ce difficile à gérer lors de l'élaboration des vins ?


Oui et Non ! En fait cela ne se "gère" pas. Les cuvées s'imposent en fonction des terroirs. En fonction de leur aptitude à porter des raisins compatibles avec un vin de garde ou un vin de "soif". Ensuite il faut choisir et rester fidèle. J'ai choisi de répartir la production entre trois cuvées : - une cuvée classique de vin fruité et gouleyant pouvant supporter une garde de 2 ou 3 années. - ensuite l'une des parcelles du Domaine, des vieilles vignes sur les graves de Panzoult, nous donne un CHINON de garde moyenne (5 - 10 années) ample, gras et généreux : Le CLOS DES MARRONNIERS. Après un an d'élevage en barrique (vieille barriques) il exprime tout son fruit. - enfin Le COTEAU DES CHENANCEAUX est planté sur un côteau argilo calcaire et exposé plein sud. Il demande un élevage bien particulier pour dompter sa puissance et révéler sa finesse. J'ai choisi de l'élever dans des barriques récentes (neuves , 1 vin , 2 vins). "Elever" : le vocabulaire n'est pas innocent : le passage en barrique transcende ce vin.

Bien travailler sa vigne, ca veut dire quoi pour vous ?


Grave question. Respecter le terroir, capter la lumière et chasser l'humidité ! Respecter le terroir : le sol. Cela veut dire permettre à la vigne de coloniser au mieux les richesses naturelles de son sol. Aider son système racinaire à atteindre les profondeurs, à aller chercher les minéraux dont elle à besoin et trouver un équilibre. Donc pas d'engrais depuis 10 ans, de l'herbe sur les sols fort, du travail sur les sols plus légers ... Capter la lumière : augmenter le nombre de feuilles ensoleillées qui vont nourrir le raisin. Il faut alors augmenter les hauteurs de palissage, diminuer l'épaisseur du feuillage pour que toutes aient de la lumière, répartir les rameaux sur l'ensemble du palissage. Chasser l'humidité : mettre les grappes dans de bonnes conditions de ventilation et d'ensoleillement, répartir la charge, éviter que les grappes se touchent, enlever les feuilles qui pourraient maintenir une ambiance humide autour des grappes et permettre à la pourriture de se développer.

Tout le travail est là. Tout le savoir faire.

Vous vendez au négoce, à la cave, à l'étranger ? votre choix ?


Nous vendons à tout le monde .... sauf au négoce.

Votre carton rouge ?


Carton Rouge à ceux qui cultivent la vigne comme le maïs, à ceux ne cherchent pas à toujours progresser et qui n'ont pas conscience que leur attitude à des retombées négatives sur tous.

Si vous aviez été vigneron dans une autre région... laquelle ?


Partout ! Partout le challenge est le màªme : il existe des cépages, un terroirs et un climat ... s'ils s'entendent intimement ... le miracle est possible. C'est au vigneron de les faire se rencontrer. C'est partout passionnant.

La dernière bouteille qui vous a épaté ?


Un chinon 1997 de Jean-Louis LOUP (Domaine de Bel-Air). Pas loin de l'idéal.

Votre chef d'oeuvre ?


Le millésime 2003 !

Le millésime 2002 ? comment ça se présente ?


Bien, très bien. Mais j'ai eu peur fin août. Heureusement de tout petits rendements ont remis la vigne au diapason d'un climat capricieux. Les vins semblent amples et généreux, ils rentrent dans une phase d'élevage qui va révéler leurs vraie nature. Patience ...).

La présence sur des guides (Hachette, Bettane & Dessauve...) ou sur internet ,c'est important pour vous ?


C'est très important, ça conforte, ça rassure, ça aiguillonne aussi. C'est une reconnaissance très agréable ... et commercialement efficace.

L'aboutissement de votre vie de vigneron ?


Quand je dirais que j'ai "abouti" c'est que serai devenu un vieux con. L'aboutissement n'a pas d'importance, c'est le chemin qui compte.

Encore un grand merci à Jean-Martin Dutour pour sa disponibilité.

Gogule.com - Décembre 2002

Domaine du Roncée
Adresse: La Morandière. - 37220 Panzoult
Tel: 02 47 58 53 01
Site Web: www.roncee.com