Laurent Chatenay
Pour commencer cette nouvelle rubrique, Laurent Chatenay nous fait le plaisir de répondre à quelques questions sur son métier de vigneron dans son appellation : MONTLOUIS-SUR-LOIRE.
Comment vous situez-vous dans votre région/appellation ?
Viticulteur à Montlouis depuis 1996, je découvre au fil des millésimes le métier de vigneron et cette Appellation à fort potentiel.. Au bout de 7 millésimes, je ne pense pas avoir fait la révolution mais j'ai maintenant la sensation de savoir quoi faire de ce terroir et de ce cépage superbes. 7 années pour me forger des convictions fortes, et un métier qui est désormais une passion.
Votre combat dans votre appellation, vos difficultés ?
Mon combat dans l'appellation ? Je n'en ai pas, je n'aime pas me battre. J'ai par contre une motivation sans failles et une exigence dans le travail qui me dirigent de fait vers la qualité. Essayer de faire de la qualité, cela ne s'invente pas, il faut le vouloir, c'est un investissement personnel fort et des risques financiers conséquents pour moi qui travaille depuis le début sans trésor de guerre. Il faut aimer l'aventure et savoir faire face aux banquiers... Patience...
Le nombre de cuvées, est-ce difficile à gérer lors de l'élaboration des vins ?
Le nombre des cuvées varie selon le millésime. Ce n'est pas pour moi une difficulté dans le sens ou je prends ce que la nature me donne. Travaillant en vendanges manuelles par tries successives, les vendanges sont étalées sur le mois d'octobre. Je prends mon temps pour récolter à maturité maximum, les pétillants, secs demi-secs , moelleux et liquoreux si cela est possible. Le parti pris de ne pas chaptaliser me limite naturellement la gamme, j'ai pu miraculeusement faire du liquoreux en 2001. Ensuite, l'élevage en barriques des secs et liquoreux est facile puisque je laisse faire le vin, il fait sa vie. Quant aux demi-sec et moelleux, c'est plus délicat car il faut arrêter les fermentations, le produit final est sympa mais ce mode d'élevage peut être critiquable (mutage au SO2, soutirage ...), j'en fait quand même...Ensuite faire plusieurs cuvées pour un sec par exemple permet d'affiner les assemblages (barriques, terroir...).
Bien travailler sa vigne, ca veut dire quoi pour vous ?
A mon sens, pour bien travailler sa vigne, il faut être conscient que le vin se fait d'abord dans la vigne et non dans le chai. A 90 %, la qualité est définie aux vendanges. Bien travailler sa vigne, c' est respecter le terroir et le cep (labour du sol, pas de produits chimiques de synthèse), c'est trouver un équilibre naturel, pour en final avoir 5 à 7 grappes par cep, bien disposés, qui ne se touchent pas. Cela permet d'obtenir des maturités et des concentrations importantes et peu de pourriture; les vendanges par tries successives permettant de supprimer à 100% cette pourriture qui est préjudiciable à la pureté de vin. En final, j'obtiens des rendements de 30 à 35 HL/Hectare, il faut donc beaucoup travailler dans les vignes et peu dans le chai.
Vous vendez au négoce, à la cave, à l'étranger ? votre choix ?
Pour la vente, mon choix est de vendre mon vin moi-même, tout en bouteilles, à une clientèle variée : le particulier, le restaurateur, le caviste, l'export... et de ne pas brader le produit : une bouteille de vin représente beaucoup de travail, cela se traduit par un prix final que les clients acceptent si on leur explique notre façon de travailler et déguste le produit.
Si vous aviez été vigneron dans une autre région... laquelle ?
MONTLOUIS !!
La dernière bouteille qui vous a épaté ?
Noblesse du temps 2000 Domaine Cauhapé. Un sec hors du commun, une richesse, une concentration rarement rencontrées.
Votre chef d'oeuvre ?
Tous mes vins depuis le début sans exception ! (toute modestie mise à part). Plus sérieusement, éventuellement le Clos Michet 2001 (liquoreux).
Les vendanges 2002 ? comment ça se présente ?
Le millésime 2002 est atypique, un été avec alternance de grosses chaleur et de pluies brusques, une arrière saison magnifique qui sauve ce millésime. En final, des vins riches en sec et demi-sec, moelleux. Nous sommes passés tout près du liquoreux, il manquait quelques jours de beau temps mais la pluie est arrivée fin octobre. Grosses concentrations, acidités concentrées aussi, des vins qui seront sans doute en finale très droits et de garde. Petits rendements (28 HL/HA).
Votre récente révélation médiatique (RVF, guide B&D): ça a changé quoi pour vous ?
C'est pour moi très important cette distinction dans le guide Bettanne et Desseauve. Je prends actuellement de gros risques financiers pour parvenir à mes fins, c'est à dire travailler comme je l'entend. Ces retombées médiatiques vont m'aider à me faire connaître (cela commence effectivement déjà) et donc à commercialiser mes produits : les banquiers vont être contents... surtout ne pas prendre la grosse tête, et confirmer les années à venir.
L'aboutissement de votre vie de vigneron ?
Quand ce métier ne sera plus ma passion, que je m'ennuierai, je changerai de métier. Arrivé à ce stade, j'aurai pleinement profité de cette activité qui je l'espère m'accompagnera loin, loin... Voilà l'aboutissement de ma vie de vigneron.
Encore un grand merci à laurent Chatenay pour sa disponibilité.
Gogule.com - Novembre 2002
Domaine Laurent Chatenay Adresse: 41, route de Montlouis. - 37270 Saint-Martin-le-beau
Tel: 02 47 50 65 58 Site Web: www.laurentchatenay.com