Valerye Mordelet et Jean Daniel Kloecklé


Cette fois, c'est Valérye Mordelet, du Domaine Les loges de la folie, en appellation MONTLOUIS-SUR-LOIRE, qui nous fait le plaisir de répondre à quelques questions sur son métier de vigneron.

 

Les loges de la folie
Jean Daniel et Valerye


Pouvez-vous nous décrire le Domaine les Loges de la Folie ?


Créé en 2004, notre domaine exploite en viticulture biologique 7 ha de vignes. Notre production, pour la plus grande part est en AOC Montlouis sur Loire, et nous avons quelques ares en AOC Touraine.

Quel a été votre parcours ? Pourquoi avoir choisi l'appellation Montlouis pour vous installer ?

Notre parcours est riche de rebondissements, de difficultés, d'échecs mais aussi de ténacité. Nous ne sommes ni l'un ni l'autre fils et filles de vigneron. Nous avons commencé notre vie professionnelle dans d'autres secteurs : la culture et le théâtre pour moi, l'agro-alimentaire pour Jean-Daniel. Pour ma part, c'est en 1998 que je laisse tomber un secteur où je n'ai avancé que de CDD en postes précaires, soumise aux aléas d'un secteur associatif trop dépendant de ses subventions et des contrats d'embauche aidés. Je n'étais pas éligible aux extraordinaires "emplois jeunes", j'ai dû tourner la page.
Quant à Jean-Daniel, il s'ennuyait dans cet univers un peu trop "synthétique" du monde "agro-industrio-alimentaire", amateur depuis toujours de bonne chère et de bons vins. Je passe les détails de ma reconversion, commencée dans les vignes comme ouvrière.
C'est en 2000, au CFPPA de Beaune, en Bourgogne, où nous préparions ensemble le BTS Viticulture Onologie, que nous nous sommes rencontrés. A l'issue de cette formation, nous n'avons trouvé ni l'un ni l'autre de poste fixe qui nous convienne. Et nous galérions de période de chômage en CDD. Nous avions déjà une idée précise du vin que nous avions envie de boire.
Une idée folle a donc germé en nous. Nous avons alors saisi le prétexte d'une recherche d'emploi en dehors de la Bourgogne pour, en fait, voir si nous ne pourrions réaliser un vieux rêve.un coin de vignes.un bout de cave.les projets grossissaient dans nos têtes. Ce fut une période exaltante, pleine de promesses, de rencontres humaines riches d'enseignements.
De la Lozère au Jura, du Beaujolais au Gaillacois, nous traversions la France comme des pèlerins pleins de foi. Les refus, les impossibilités ne furent pas toujours faciles à digérer, mais nous sommes toujours repartis. Et puis, arriva la possibilité de nous poser dans le Val de Loire, ma région d'origine et surtout, celle de mes premiers pas dans la vigne. J'ai pris cela comme un signe. Jean-Daniel accepta sans souci, conquis par le cépage unique qui donne les vins d'ici, le Chenin, et conquis aussi par les premiers vins que nous goûtions chez les vignerons. Raconter tous les méandres du parcours d'installation serait ennuyeux, quoique instructif pour ceux qui auraient le projet de se lancer. Nous aurions beaucoup de choses à partager sur le vif.à bon entendeur. Donc, de retards en contrariétés (j'ai eu l'impression de traverser les Montagnes Russes des fêtes foraines), de colères en désespoirs, mais aussi de rencontres généreuses en coups de mains, nous avons pu créer, "Les Loges de la Folie "

Connaissez vous le travail de vos collègues de l'appellation ?


Nous avons goûté bien sûr les vins de vignerons comme François Chidaine, Jacky Blot de la Taille aux Loups, mais aussi ceux de Laurent Chatenay, Eric Gougeat, Franz Saumon, Thierry Chaput, Stéphane Cossais, Damien Deléchenau, Lise Girard et Bertrand Jousset.pour ne citer que ceux-là. Tous ces viticulteurs travaillent pour revivifier l'Appellation Montlouis sur Loire, trop longtemps et injustement sans doute, masquée par l'aura de l'Appellation Vouvray.

Bien travailler sa vigne, ca veut dire quoi pour vous ?


Le plus capital est sans doute la qualité de la taille. C'est elle qui engage la production de l'année à venir mais aussi la pérennité de la plante. Là c'est Jean-Daniel qui y met tout son cour. Ce n'est pas toujours facile car c'est un travail d'hiver, mais je sais qu'il y tient beaucoup et ne souhaite le déléguer que quand le temps nous manque. Nous aimerions également pouvoir ébourgeonner toutes les parcelles pour ne garder que les sarments nécessaires. Tout est important, le relevage, le rognage : privilégier une bonne aération et un bon ensoleillement des grappes. Cela peut éviter les maladies et bien sûr favoriser le mûrissement. Le travail du sol est incontournable pour "détasser" entre les rangs, enlever les herbes, maintenir une bonne cohésion de la terre, tant au niveau physico-chimique que de la microfaune qui l'habite.

Les vendanges, ça se passe comment au domaine ? (maturité, tris...)


Nous embauchons une douzaine de vendangeurs pour un période de un mois environ. Toute notre récolte est faite manuellement et par tries successifs. Le schéma idéal, un peu comme pour 2005, est de commencer par ramasser les raisins mûrs pour les vins effervescents, puis les secs, les demi-secs et quand les conditions météorologiques le permettent, des raisins pour les vins moelleux et des liquoreux. Nous sélectionnons nos parcelles mais également à l'intérieur de celles-ci pour ramasser les raisins qui correspondent à nos attentes. Mais souvent, entre fin septembre et fin octobre, ce qui était prévu au départ, au moment des échantillonnages pour étudier la maturité des raisins, peut être complètement bouleversé. C'est tout le charme (et le stress !) de ce type de vendanges

Pouvez-vous nous parler de vos vins, de vos cuvées, quelle est la production du domaine (plutôt moelleux, plutôt secs ? selon le millésime ?)


Nous produisons à 90% des vins en AOC Montlouis sur Loire. Dans celle-ci, essentiellement des secs et des vins effervescents. L'année 2005 nous a permis de rentrer une quantité importante de raisins qui donneront des vins moelleux et liquoreux.

Nous avons deux cuvées : Le Chemin des Loges, avec des vins sec et demi sec qui se caractérisent par un élevage court en cuve et La Nef des Fous, issue de raisins ayant une plus grande maturité, cuvée élevée plus longtemps (de 12 à 18 mois) dont quelques mois en fûts. Le Chemin des Loges se caractérise par son fruité, sa fraîcheur et sa minéralité, tandis que la Nef des Fous, plus ample et plus ronde, est plus un vin de gastronomie.

Quant aux vins en Appellation Touraine, ils se déclinent en Rouge (un assemblage de Gamay,Côt et Pineau d'Aunis), Rosé (un assemblage de Grolleau et de Gamay) et Blanc (un assemblage de Sauvignon et de Chenin).

loges de la folie les loges de la folie

Quel est le style de vin auquel vous aimeriez arriver en tenant compte des contraintes climatiques et autres de la région ?


Nous sommes en quête de vins authentiques qui reflètent leur terroir et expriment les arômes vrais du Chenin.

Parlez-nous de l'élevage de vos vin: technique de vinification, cuves, barriques etc.. ?


Pourquoi les arômes vrais : parce que nous ne chaptalisons pas. Le seul sucre présent dans la baie de raisin permettra la fermentation. Et si les raisins n'ont pas un potentiel en alcool suffisant pour donner des moelleux, et bien, ce sera ainsi. Ce fut le cas pour nous en 2004 où nous n'avons pu rentrer que des Secs. Nous n'apportons aucune levure ou enzyme industrielle.

La fermentation alcoolique se fait naturellement, à son temps. C'est facteur de stress et d'insécurité parfois. Cela demande d'être "à l'écoute" de ses fûts et de se cuves. Goûter souvent, et faire confiance en la nature. Les jus, une fois sortis du pressoir pneumatique sont refroidis à 4°.Ils sont débourbés (dépôt au fond de la cuve des particules solides présentes sur et dans les baies) au bout de 24 heures. Ils fermentent ensuite en cuves ou en barriques, selon qu'ils sont destinés à l'une ou l'autre des deux cuvées.

Nous suivons les températures, les densités, rien de compliqué. Il faut surveiller l'évolution de l'équilibre gustatif des demi-secs et des moelleux pour déterminer à quel moment nous arrêtons leur fermentation. Quant aux secs, nous cherchons à ce qu'ils soient le plus sec possible. Mais nous ne les forcerons pas s'ils restent 4 ou 5 grammes de sucres résiduels. Nous sulfitons très peu, au jugé des analyses et plutôt avant mise en bouteilles. Le vin idéal, pour nous, proviendrait d'une vendange parfaitement équilibrée. En cave, rien d'autre à faire que laisser faire. Et pour résultat, un vin entier, vivant, généreux en arômes et fin dans ses équilibres.

Votre carton rouge ?


Le manque de temps pour aller au bout de ce que nous voulons obtenir, notamment aux vignes. Une commercialisation longue à mettre en place. Les temps sont durs et très concurrentiels.

Si vous aviez été vigneron dans une autre région... laquelle ?


Le Jura pour Jean-Daniel, en adéquation avec son tempérament de Vosgien. Il aime les paysages et les tempéraments marqués, un peu rudes. Ce que j'aime aussi, mais avec la chaleur en plus : le Languedoc pour moi, une terre de schistes..

Les 3 bouteilles que vous emmeneriez sur une ile déserte ?


Le Vin de l'Oubli de Michel Issaly à Gaillac Un Champagne (celui de sa réserve personnelle.)de Pierson Whitaker à Avize Et ce sacré Gewurztraminer Vendanges Tardives 1998 dont, hélas, je n'ai pas pu noter l'origine.

Votre chef d'oeuvre ? (ou meilleure réussite)


Nous n'en sommes pas encore là vue notre jeunesse! Mais nous attendons beaucoup du millésime à venir.

Le millésime 2005 ? une grande année en vue ?


Des vendanges de rêves, tranquilles, pas une goutte de pluie. Des raisins mûrs, équilibrés. Nous avons pu rentrer toute la gamme, des effervescents aux liquoreux (issus de grains nobles !). Je sais qu'il n'en sera pas ainsi tous les ans. Nous sommes très heureux de cette récolte. Il ne reste plus qu'à très bien faire en cave.

La présence sur internet, c'est important pour vous ?


Capitale. L'information y circule vite et c'est un beau champ d'expression. C'est notamment grâce à internet que je suis aujourd'hui vigneronne. J'aimerais écrire un Blog sur ma vie de vigneronne. Mais cela demande trop de temps pour donner un résultat vivant et donner aux gens l'envie de le lire en continu. Un ami est en train de créer notre site internet, c'est déjà très bien.

L'aboutissement de votre vie de vigneron(e) ?

Continuer de travailler la vigne comme on le souhaite, de créer le vin que nous avons envie de boire. Plus que tout, le faire connaître et partager notre passion et nos efforts avec le plus de gens possible. Et qu'ils soient contents d'ouvrir nos flacons.

Encore un grand merci à Valérie Mordelet pour sa disponibilité.

Gogule.com - Décembre 2005

Domaine Les Loges de la Folie
Valérye Mordelet & Jean-Daniel Kloecklé
21 Rue des Rocheroux
Husseau 37270 MONTLOUIS SUR LOIRE
Tel./Fax : (+33) 02 47 45 18 30 - Port. : 06 60 88 55 26
http://www.les-loges-de-la-folie.com