Patrick Baudouin


Cette fois, c'est Patrick Baudouin, du Domaine Patrick Baudouin, en appellation Coteaux du layon et Anjou, qui nous fait le plaisir de répondre à quelques questions sur son métier de vigneron.

Comment présenteriez vous votre domaine en quelques lignes ?


Petit domaine familial, qui cherche à mettre en valeur, en tatonnant, une région, un terroir, un potentiel superbes, qui ont été dévoyés par la viticulture du XXème siècle, surtout depuis les années 50.

Le Domaine d'origine a été créé par mes arrière-grands-parents, Maria Juby et Louis Juby, tous deux angevins, qui après avoir hérité de vignes sur les coteaux des Bruandières à St Aubin de Luigné, ont fini par acheter La Cour d'Ardenay, à Chaudefonds sur Layon, et s'y sont installés vignerons en 1920.
Après un passage par Paris et d'autres activités professionnelles, je suis revenu en Anjou en 1990 pour refonder un domaine sur la base du petit et ancien chai familial, des quelques vignes louées encore en production, et de beaux coteaux en friche.
Aujourd'hui, le Domaine Patrick Baudouin compte 10 hectares de vignes en production. 7 Ha de chenin, 3 de cabernet franc et sauvignon, sur les communes de Chaudefonds sur Layon, Saint Aubin de Luigné, Rochefort sur Loire, et...Saint Germain des Prés.
Nous produisons des Coteaux du Layon -vins liquoreux-, des Anjou blancs, avec le cépage chenin uniquement. Des Anjou rouges et villages, de cabernet franc et sauvignon.
Le domaine en 2004 est dans sa troisième année de certification "agriculture biologique". Depuis 1997 nous avions repris le travail du sol, puis abandonné les désherbants chimiques, et à partir de 2001 nous n'avons plus utilisé de produits de traitements de synthèse. A la cave, nous nous efforçons de mettre dans les bouteilles du vin "au naturel", sans aucune chaptalisation (sans "sucrer", comme disaient les anciens), en limitant à des doses minimum de soufre l'ajout d'éléments extérieurs au jus de raisin initial.

Quel a été votre parcours, votre évolution depuis que vous faites du vin ?


Je suis passé d'une utilisation assez dégoûtée des herbicides et pesticides au bio, petit à petit, à partir de 1997 en particulier. Et d'une chaptalisation "légale" à son abandon total dès 1994.

Lutte raisonnée, biodynamie, comment vous situez-vous ?


La lutte raisonnée est une invention des groupes de la chimie, en complicité avec la FNSEA, pour essayer de faire perdurer l'utilisation des herbicides et pesticides sans remise en cause fondamentale de ce qu'impliquent ces pratiques quant à l'agrobiologie, la vie des sols, l'environnement, la santé humaine. Dans la biodynamie je vois deux choses : un rejet historique de la chimie industrielle dans l'agriculture, et une recherche d'un rapport juste à la nature : je partage. Par contre, le rejet du scientisme et de cette industrialisation chimique de l'agriculture ne peut me faire adopter une position mystique, le rejet de la science, l'astrologie comme mode de pensée et de travail, en bref, ce qui est pour moi de l'obscurantisme.
La réponse au mystère n'est pas forcément le mystique, la réponse à l'interrogation sur la place de l'homme dans le cosmos et de leur interaction, pas forcément dans l'astrologie... Je me situe plutôt dans la recherche d'une agriculture durable, voire dans la décroissance soutenable....

Est-il plus difficile de faire un grand blanc sec ou un grand liquoreux ?


Le plus difficile, c'est de faire un grand vin de terroir, et un grand vin, c'est rouge, blanc, sec, liquoreux...

Vous sentez-vous plus proche de la notion de terroir à la francaise ou bien pensez-vous qu'on peut faire du bon vin partout ?


On peut faire du bon vin, non partout, car il y a des terroirs à vigne, d'autres pour les fruitiers, et d'autres pour des asperges succulentes, etc...Mais on peut faire différents vins, pour moi il devrait y avoir des vins sur des terroirs reconnus, plus restrictifs qu'aujourd'hui, avec un cahier des charges plus exigeant qu'aujourd'hui, pour des vins d'aoc, d'expression de terroir, et des vins plus simples sur le fruit sur des terroirs plus faciles (mais pas des terres à choux pour autant) correspondant à un mixte vin de pays/aoc régionales. Il faut resegmenter l'offre de façon compréhensible, en gardant un niveau de complexité aoc qui redeviendra crédible par son cahier des charges, et un niveau simple qui doit aussi devenir crédible, car simple doit pouvoir dire bon, sympa, gouleyant.

Votre carton rouge ?


Le refus de la majorité de la profession, de la plupart de ses organisations professionnelles, de se remettre en cause, son rejet des propositions de réforme jusqu'à présent, sa négation jusqu'au dernier moment de la crise, son obstination à mentir au consommateur sur ses pratiques réelles.

Quel Si vous aviez été vigneron dans une autre région... laquelle ?


Banyuls Collioure. Le pays est magnifique, c'est des schistes plus haut que les coteaux, il y a une dynamique de réévalution des vins "liquoreux" en réhabilitant les secs, et en plus....il y a la mer au pied des vignes.

Les 3 bouteilles que vous emmeneriez sur une ile déserte ?


Un layon 37 de mon grand'père, un grand moment d'émotion, un champagne Selosse comme celui que je viens de boire, un primeur de Marionnet en Touraine, ou un Foillard à Morgon. C'est ça le problème, je n'ai jamais su choisir. Trois bouteilles sur une île déserte, c'est inhumain, il faut pas mal de caisses pour survivre.

Votre chef d'oeuvre ? (ou meilleure réussite)


1) je ne suis pas un artiste, mais un artisan
2) ce n'est pas à moi de juger
3) j'aime beaucoup mon Layon Maria Juby 2002, pas par provocation (il est en vin de table), mais bon, je me régale avec, je suis un peu fiérot de ce liquoreux.

Le millésime 2005 ? une grande année en vue ?


Sans doute. Mais ce genre d'année me fait peur quant à l'avenir.

La présence sur internet, c'est important pour vous ?


Oui, parce que c'est un outil qui permet aux vignerons en délicatesse avec les structures officielles de communiquer entre eux, contre l'isolement. C'est un outil, ça peut faciliter l'humanité, ça peut aussi permettre les pire des saloperies. Autant essayer de l'utiliser pour aller dans l'humanisation.

Quel serait l'aboutissement de votre vie de vigneron ?


Concrètement, c'est la retraite. Sinon, j'aimerais bien avoir apporté mon petit caillou à l'effort général de civilisation, dans mon domaine professionnel. Et avoir une cave sympa pour l'automne.

Encore un grand merci à Patrick Baudouin pour sa disponibilité.

Gogule.com - Décembre 2005


Domaine Patrick Baudouin
Princé
49290 Chaudefonds-sur-Layon
Tel./Fax : (+33) 02 41 78 66 04
http://www.patrick-baudouin-layon.com