Millésime 2006: ce qu'ils en pensent
Philippe Vatan, Chateau du hureau (Saumurois)
Quelle tâche ardue pour un millésime que d' arriver derrière l'exceptionnel 2005 ! Comment ne pas tomber dans les oubliettes de l'histoire oenophile comme les 98 de Loire qui ne vaudront jamais les 97, ou pire les 91 inexistants derrière les 90... Mais 2006 est d'une autre trempe et je ne me fais pas de soucis pour sa réputation à venir... Les vendanges 2006 nous ont pourtant rappelé que ça ne pouvait quand même pas toujours être aussi "cool" que 2005 ! la peau des raisins était peu épaisse et, la maturité n'était pas encore optimum quand les premières petites fissures annonciatrices du redouté botrytis, sont apparues sur les grains de cabernet franc... Lors de la traditionnelle visite du vignoble par le conseil d'administration du Syndicat des Producteurs de Saumur Champigny, le 18 septembre, la pluie était annoncée pour la fin de la semaine et certains, dont j'étais, ayant déjà vu le film, se grattaient la tête... C'est dans ce cas de figure que le travail à la vigne fait toute la différence : taille courte, équilibre de la vigueur, ébourgeonnage sérieux, effeuillage, éclaircissage, bref tout ce qui régule le rendement , aère les grappes et les met au soleil, donne de la précocité et une bonne résistance à la pourriture... La précocité est importante car elle donne la marge de manoeuvre pour vendanger à pleine maturité, et au Château du Hureau, les raisins étaient mûrs... J'ai donc demandé un dérogation à l'INAO et nous avons "attaqué" le 21 septembre, renforcé l'équipe de vendangeurs et terminé le 29 ! le 30, il s'est mis à pleuvoir pendant 3 jours... C'est la première fois, dans l'histoire de notre famille de vignerons que l'on rentre les derniers Cabernet franc en septembre... ce n'était JAMAIS arrivé !! 2006 est donc, à proprement parler exceptionnel, ne serait ce que pour ça... Mais ce qui compte c'est le vin dans la bouteille n'est ce pas ? là tous les espoirs sont permis... les degrés alcooliques naturels n'atteignent pas les sommets de 2005, heureusement (la vinification a de ce fait été plus simple à mener que l'année passée), tout en étant quand même fort sérieux (entre 13.2 et 14° pour les rouges), l'équilibre est là, la richesse, la fraîcheur, l'élégance... 2006 n'est pas un 2005 bis, il est tout aussi grand dans un autre style... Les chenins sont également magnifique avec un fruit très pur... pour l'instant il fermentent doucement dans leurs barriques. Cette année j'ai isolé pour la première fois un excellent terroir : les Fours à Chaux, un sol sableux sur tuffeau exposé sud-est qui nous donnera donc une nouvelle cuvée ! et aujourd'hui, en dégustation, elle n'a pas à rougir de la comparaison avec Lisagathe ou Les Fevettes...